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Journalisme : la crise du papier et de l’information

J’ai fait des études de journalisme, spécialisées presse écrite, donc autant dire “papier”. C’était en 2000, pleine bulle internet,  Net2One déchainait la colère de la presse en en faisant une revue par email, je trainais sur Yahoo via un abonnement AOL, c’était le vieux temps, peut-être pas bon.

2013, Frédéric Beigbeder relance Lui, en version papier. A l’heure où toutes les it girls montrent leur cul sur twitter, où les ados se trémoussent sur youtube ou snapchat… Je me dis, c’est dingue. Dingue de proposer du sexy (et du fond) en version papier à l’heure de YouPorn. C’est comme retourner au cathodique alors qu’arrive la 4K pour y diffuser les Mystères de l’Ouest. J’aime le vintage mais là… Je me suis demandé, comment, pourquoi, hors la crise d’égo on pouvait faire un tel pari. Le cul est accessible gratuitement par milliards d’heures, donc ce n’est pas un magazine masturbatoire. Le sexy est sur toutes les plateformes photos, et par milliard aussi sur Instagram. Alors à quoi bon déshabiller tel ou telle actrice quand Nabilla et ses copines font déjà preuve de peu de pudeur sur le net. A rien. Enfin, à pas grand chose. Le sexy de Lui n’est donc pas son produit de fond, peut-être à peine son produit d’appel, c’est donc quoi ? Une version plus dénudée de GQ ? Et surtout pourquoi en avoir fait un magazine PAPIER ?!

Puis Lagardère fait ses annonces, 10 magazines sont à vendre. Aïe pour la presse, ouch pour les copains qui y sont. Libé perd de l’argent et la rédaction veut la tête de Demorand.

Retour en arrière. France Soir, si je me souviens bien de mes cours, c’est un journal qui n’a jamais vraiment gagner d’argent, et qui a fini par en perdre tellement qu’il en est mort, plusieurs fois même.

Alors la presse écrite est-elle morte ? Non. Le journalisme ? Non. L’information ? Non. Si Twitter remplace parfois (souvent) les dépêches AFP, l’information, son traitement et sa diffusion restent à mon sens le travail de professionnels. Les blogs ? mwais, ils concurrencent la presse magazine, certes, mais comme toutes les autres sources d’information sur le net ou en télé et radio. L’information chaude n’est plus un business. Pourquoi attendre 48h ou 25 jours le test de la dernière Renault, la critique du dernier Spielberg, quand on peut l’avoir en 3 minutes ou moins en 4G. Les gens n’attendent pas une semaine pour voir la suite d’une série, ils la piratent sur internet ou la voient sur Canal Plus qui diffuse maintenant le lendemain de la diff US.
Ce n’est pas le journalisme, ou la presse ou l’information, c’est le temps. Il s’est raccourci. On peut acheter depuis son smartphone, même plus besoin d’attendre de rentrer à la maison ou au bureau pour se connecter à Amazon, on peut acheter en attendant à la boulangerie. On peut avoir les dernières news en allant pisser, et tout savoir sur un seul trajet d’ascenseur.

Alors le papier, le temps d’impression, le temps de choisir un sujet, de faire une conférence de rédaction, de récolter l’information, de la compiler, de la mettre en page, de l’envoyer à l’imprimeur et de la faire distribuer, ce sont des années lumières en temps internet.

Place à l’information froide ? Les newsmagazines sont en crise, l’Express, Le Point voient leur vente chuter et racolent de plus en plus pour rattraper les centaines de milliers de tirages en moins qu’ils connaissent actuellement. Problème de sujets ? De cible ? Qui achète l’Express ? Qui le lit en ligne ?  Le numérique change à nouveau la donne, le papier est le fer de lance, mais les consultations des médias en ligne sont astronomiques, et les tirages papiers se réduisent et coûtent énormément.

Les rédactions en ligne sont elles profitables ? Je ne sais pas. Elles continuent d’exister, Slate, Vice, Rue89, et les versions numériques des grands journaux sont bien présentes en lignes. Est-ce qu’elles gagnent de l’argent, oui. Suffisamment, je ne sais pas.

Les chaines de télé ont l’air de s’en sortir même BFM Tv, donc le modèle de la rédaction et son architecture, coûteuse en salaire, semble encore valide.

Alors c’est quoi le problème ? Le papier et les NMPP ? Faut-il se faire à l’idée que comme la pellicule photo, le CD/K7, le papier va bientôt laisser la place au “tout numérique” ?  On n’attend plus de voir apparaître une photo après en avoir fait 24 ou 36, on n’attend plus d’avoir accéléré la bande pour passer à la musique suivante, on n’attend plus que l’information soit imprimée pour la lire. Faut-il se faire à l’idée que c’est ainsi que le monde évolue, point ?

Ensemble quittons la France !

Après Gérard, Brigitte, David, et un autre Gérard, beaucoup de “célébrités” appellent à quitter la France, enfin ceux qui ont le courage de le faire publiquement, puisque bon nombre de nos célébrités Françaises, ont déjà déserté il y a bien longtemps et vivent légalement ailleurs, notamment aux états-unis et en Suisse pour nos sportifs.

Quitter la France… c’est une bonne idée je trouve. Il faut voir du pays, et aujourd’hui le monde est bien plus ouvert que pour nos grands parents, alors pour ceux qui ne trouvent pas ce qu’ils cherchent ici, partir est une bonne option. Il y a 1000 raisons de quitter la France, 1000 bonnes j’entends, mieux réussir, changer de climat, avoir des opportunités qu’on ne peut pas avoir ici (parce qu’elles n’existent pas). Le monde est grand et beau, ne nous limitons pas à nos frontières ce serait dommage.

Mais il y a aussi 1000 mauvaises raisons et quitter la navire parce que le capitaine à changé, ou parce qu’ici “c’est trop cher” (et qu’on a pourtant le moyens), c’est … compliqué…

Je quitterais un jour la France, j’espère, mais pour faire ailleurs quelque chose de si spécial, que je ne pourrais pas le faire ici.

Aujourd’hui ces gens qui quittent la France, qui la trouvent détestable ont pourtant de belles situations que la France leur a offerte, ce sont leurs études, leur amour de la langue, leur relation avec le public, les chaines de télé locales qui ont souvent fait ce qu’ils sont, ça et bien sûr leur talent.

Pour de nombreux Français, la France leur a permis de devenir ce qu’ils sont, chacun à leur niveau, et en 2013 une grande partie de la population est issue d’une vague d’immigration, il y a une, deux ou trois génération, parfois plus. Et si leurs parents pauvres en arrivant ont pu payer à leurs enfants, des études, des médecins etc., c’est grâce à la France, à la gauche, à la droite alternativement.

La France paye aujourd’hui beaucoup de choses, alors vivre en France aujourd’hui ce n’est pas très facile. On paye des impôts, parfois beaucoup, parfois trop. On paye des produits du quotidien qui ne cessent d’augmenter, alors que les salaires ne connaissent pas les mêmes évolutions. Nos acteurs se barrent, les dirigeants d’entreprise aussi, les entrepreneurs ont peur et les jeunes ne voient pas trop leur avenir. Mais y’a-t-il un pays parfait ? Quitter la France et ses impôts, ses taxes, son taux de chômage qui augmente, ses sdf qui se multiplient, les restos du coeur qui distribuent toujours plus de repas, ok mais pour où ? Non bien sûr le pays parfait n’existe pas, chacun peut trouver un pays parfait pour lui, mais chaque pays a ses casseroles et ses inconvénients, “quitter la France”, c’est aussi savoir ce qu’on va trouver et s’en accomoder et pour certains citoyens du monde, leur pays parfait, c’est la France… :)

Je trouve dommage de salir, d’enfoncer, la patrie qui nous a permis, à nous, moi, Gérard, Gérard, Brigitte et tous les Danny, Yannick, Gaël, Jo, de devenir ce que nous sommes quel que soit notre degré de réussite et de reconnaissance. Partir oui, salir, non.

Voici donc mille bonnes raisons de quitter la France :

On produit de la musique comme dans les 60’s

ça fait longtemps que je me pose des questions sur la dématérialisation des supports médias, particulièrement de la musique. Je n’ai jamais trop caché l‘impression qu’on se fait grave niquer qu’à mon avis on paye encore trop cher, sans réelle offre et sans que les artistes puissent pleinement profiter de cette dématérialisation. Et pourtant la nouvelle génération arrive.

Le  CD est le premier support médias qui refuse de crever, et pourtant c’est pas faute d’être dans la merde, la faute à qui, à priori aux maisons de disques, et puis surement un peu aux distributeurs. Mais si c’était aussi la faute aux artistes ?
Les artistes ont choisi leur position dans les dernières années, mais ils n’ont pris position que “pour” ou “contre” le piratage. Certains ont tenté des expériences, offrir leurs albums, laisser le public fixer le prix de leur art, mais finalement il n’y a pas eu de révolution en la matière.

Alors les artistes produisent toujours des “albums” sur un format “12 titres” (peu ou prou), avec des sorties d’albums, des tournées, sur un cycle qui existe depuis les 60’s. Parfois certains sortent plusieurs albums (Green Day ou Zazie par exemple) ou des gros albums (le dernier Saez est un triple album). Mais là encore ils rentrent dans le cycle vieillot de la musique comme la faisait nos parents.

Oui, la notion d’album est morte, mais on ne le sait pas encore. Oui ça fait une unité, une “oeuvre” mais le marché n’est plus comme ça. Si Rihanna cartonne, c’est pas parce qu’elle sort des albums, c’est parce qu’elle sort des singles tous les mois quasiment. Le public est devenu un consommateur d’art. Il prend ses photos par 3000, et trouve qu’il y a peu de photos quand il retombe sur une vieille pellicule 24 poses, il écoute la musique par kilo, streamée, achetée, piratée, les volumes ont changé, mais les maisons de disque produisent toujours le même format dans les mêmes quantités.

Alors c’est quoi ces artistes nouvelles génération ? On peut parler de Mymajorcompany et le fait d’être financé par le public, mais finalement on est dans un modèle semi classique, sauf que c’est le public qui produit, mais après c’est CD, 12 titres, tournée etc.

Que veut un artiste ? Vivre de son art. C’est le premier point. Vivre, c’est payer son loyer, manger, envoyer ses enfants à l’école. C’est parfois voyage en jet, se taper des tournées internationales et toucher des millions de dollars. Mais peu d’élus.

Alors aujourd’hui certains ont décidé de “vivre de leur art”, et pour vivre de son art, il faut de l’argent. Avec Kickstarter ou Indiegogo, qui permettent de financer des projets, de nombreux artistes arrivent à se faire financer leur projet, trouver un public, des dates de concert, et quelques euros pour payer le loyer, ils tentent de vivre leur rêve, de vivre de leur rêve.

Kawehi est à son troisième album financé sur Kickstarter, et elle vit son rêve. Comme Noah très connu sur youtube maintenant sur Indiegogo pour son album. Pourquoi ça marche ? Parce qu’ils sont d’une certaine façon en dehors des codes. Ils font des reprises sur les réseaux sociaux, essayent de faire des albums, font des concerts, retransmettent leurs vidéos sur Facebook/Twitter, animent leur communauté et dans un cercle vertueux, ils trouvent un public et se font connaitre. Ils sont en production permanente de contenu car c’est ce qui leur permet d’exister. Et c’est ce qui leur permet de lever 3000$ ou 8000$ pour financer un album. Parce que le public est prêt à payer 15$ pour écouter l’album de Noah ou de Kawehi, mais n’est pas prêt à payer 15$ pour écouter les RollingStone. Question de proximité, de nécessité, d’affect entre le public et ces nouveaux artistes. Parce que d’une certaine façon le public veut des artistes, veut des nouveaux sons, mais ne veut pas enrichir sans fin à son propre détriment des artistes milliardaire devenus des marques plus que des artistes.

Alors oui, c’est utopique de penser que les Rolling Stone n’ont que ça à foutre que de répondre sur Twitter et s’enregistrer chez eux à faire des reprises sympa, et de nous fourguer des albums sans singles depuis presque 15 ans. Mais si au lieu de nous vendre du itunes au prix d’un CD des années 90, mais sans le CD, les Stone (et tous les autres) faisaient de la précommande, peut-être que les choses seraient différentes. Peut-être que si on tuait la notion de cycle album-tournée-repos-album, mais si les artistes étaient en perpétuelle création comme dans d’autres arts, et bah peut-être que l’industrie musicale ne tirerait plus autant la gueule.

La question n’est pas de savoir si on est “pour” ou “contre” le piratage mais comment aborder ce nouveau siècle en faisant en sorte que la production soit adaptée à cette génération Y, impatiente et forte consommatrice et que les artistes en vivent pour continuer à faire de l’art.

La presse a toujours été morte et faut-il bloquer les pubs ?

Je rebondis sur cet excellent article sur la presse papier, en me faisant cette réflexion : finalement les quotidiens ont rarement été des entreprises rentables. Si on remonte l’histoire des quotidiens français, (et nombre ont disparus), la plupart n’ont jamais gagné d’argent à vendre leurs articles. France Soir était un gouffre sans fond qui a perdu de l’agent pendant près de 30 ans. Libération a eu  le minitel rose pour financer sa rédaction.
Puis sont arrivés les les quotidiens gratuits. “le business est leur modèle”, ce que je veux dire c’est que quand on lance un gratuit, on se maque avec une régie, ou on la monte. On part d’un numéro 0 dont le contenu est quasi auto produit gratuitement et on va trouver des annonceurs qui vont permettre de faire tourner les rotatives. Sans annonceur, pas d’argent, pas de journal, donc, point capital du succès, la régie publicitaire.
La presse payante, elle, compte sur ses annonceurs et sur ses ventes. Un savant équilibre des deux permet de continuer d’exister, le problème, c’est que la publicité s’évalue au nombre de journaux imprimés et vendus (ou distribués).  Donc un quotidien payant, doit arriver à vendre suffisamment de pubs ET d’exemplaires et avoir un gros tiage pour que le prix des pubs soit cher, mais un gros tirage ça coûte cher. Deux commercialisations pour un support. Or, aujourd’hui les ventes sont moins fortes, et le prix de la pub n’augmente pas et le nombre d’emplacement n’est pas tellement multipliable, pour garder une qualité qui justifie aussi le fait d’être vendu. Et un quotidien gratuit à des frais de fonctionnement inférieur à une rédaction qui a des correspondants permanents et beaucoup de staff, et le gratuit a un gros tirage par définition.
Bref, la presse payante quotidienne, est dans la merde par nature. Puis arrive internet et l’info arrive par SMS et ça suffit au plus grand nombre, l’information est immédiate, et la jeune population y est connectée en permanence, à elle de choisir le niveau de détail d’information qu’elle souhaite. Les rédactions de presse quotidienne payante hésitent, ne savent pas comment appréhender le médias, mais sautent le pas avec en général de très bons sites. Mais toujours avec un problème de rentabilité, animer une rédaction internationale, structurée, syndiquée, même quand on fait des millions de visiteurs par mois, ça ne suffit pas.

La fin de la pub
Et puis Free décide de couper la pub. Ce serait un meurtre. Un meurtre pas sûr… beaucoup disent que ça obligerait le marché à trouver d’autres sources de revenus. Pas con, surtout quand on sait que la ressource principale des blogs et des rédactions en ligne, ne suffit pas à les faire vivre.
Donc on se retrouve avec des médias de tailles différentes, qui attendent après un modèle économique pour vivre, mais ce modèle ne peut pas les faire vivre, comme me le confiait le propriétaire d’un forum qui avait plus de 30 000 abonnés et 600 000 visiteurs par mois.
Le modèle de gratuité qui fonctionne avec la presse gratuite, n’est finalement pas viable en tant que source unique de revenu pour les rédactions en ligne. Et si la pub pouvait crever le plafond au point de permettre de compenser les ventes de journaux et de pouvoir toujours éditer du papier ? Cela tiens du miracle, de l’impensable.

Comment on gagne de l’argent ?
Donc il faut une autre source de revenu à la presse payante, et une autre source de revenu pour les médias en ligne. Sommes-nous prêts à payer pour du contenu ? Oui. Tous ? Non, comme avant. Bon cela peut-être une piste, mais Médiapart n’a pas encore montré sa valeur ajoutée, quand ils sortent une affaire elle est sur toute la toile 20 minutes après gratuitement. Donc le problème c’est l’accès à l’information ? Oui elle n’a plus de prix. Les quotidiens payants sont rédigés par des journalistes d’expérience qui racontent bien et publient des informations vérifiées (sur le principe), ils ont donc une valeur ajoutée ? Non, plus maintenant. On s’en fout de la mise en perspective de l’affaire Merah avec une autre affaire et le rappel de Mitterrand en Afrique (je dis n’importe quoi), ce qui compte aujourd’hui c’est de répondre le plus rapidement à Qui, Quand, Quoi, Comment, Où, l’analyse a perdu de sa superbe. Ok, alors on vends quoi ? On peut se poser la question, mais finalement, est ce que la bonne question, n’est pas “ok, alors comment on agrandit nos marges ?”. Arf, la question qui tue. Comme partout ma bonne dame, tu déménages, tu licencies, tu outsource dans un pays sous dev, tu réduis les budgets et tu fais tout pour économiser encore. Ou alors, tu fusionnes, tu te fédères, tu fais dans la coopérative agricole, si t’as pas les moyens de t’acheter un tracteur, tu l’achètes à plusieurs.

Aïe. Bof. Quoi que… certains coûts pourraient être partagés. Bon alors la question n’est pas bonne. On vend quoi ? ah on y revient. Bah pas l’information, elle n’a plus tellement de valeur, pas l’analyse, les gens s’en foutent. Donc, il faut élargir le métier, faire dans la banque d’image, faire des journaux pour des entreprises, vendre son savoir. Hum, je ne vois pas comment., c’est moche.

Les gratuits papier  existent parce qu’ils ont un “vrai business modele”, quid des autres, si on devait penser un média comme une entreprise rentable dès le départ, est-ce qu’on ferait les choses autrement ?

Bon, j’ai des trucs à faire, mais si vous avez la solution pour créer des nouvelles sources de revenus pour les médias, laissez un commentaire :)